16 mai 2009

La jeune fille et la mer

Elle est là, muette, passive, infinie. Elle est sourde. Elle n’entend pas les vrombissements de la ville toute proche, ni les cris des oiseaux qui fendent les derniers rayons de soleil, la frôlant du bout de leurs ailes graciles.
Aujourd’hui, il n’y a pas de vent, juste une brise salée. La plage est presque déserte. Les vacanciers sont retournés dans leurs tours d’acier, mais elle, elle reste là. Comment pourrait-il en être autrement ?
Elle se doit de veiller sur les enfants et les mouettes hurlantes.
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Déjà une heure que je suis là à l’observer. Elle ne semble pas vouloir bouger. A quoi peut-elle songer ? Vers quoi peuvent bien voguer les pensées d’une aussi belle jeune fille ? Ce doit être une de ces adolescentes rêveuses. Comme toutes celles que j’ai croisées, que j’ai aimées autrefois, les mélancoliques qui passent des heures perdues dans leurs pensées, à écrire de la poésie lyrique dans un journal intime, et qui baissent les yeux en rougissant lorsque je croise leur regard et que je leur souris.
Pourtant, celle-ci a quelque chose de différent.
Comme toutes les autres, elle se tient debout face à la mer (qui aurait l’idée saugrenue de rêvasser en tournant le dos à l’océan ?). L’eau lui lèche les chevilles. Mais elle est toute de noir vêtue, en plein été. De quoi fait-elle le deuil ? D’une histoire d’amour ? De sa beauté au paroxysme et qui ne peut maintenant que flétrir ?
Elle fixe l’horizon le plus sérieusement du monde, une main sur chaque hanche, comme une vieille dame fatiguée, accablée par le poids des années et des chagrins passés.
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Une heure qu’elle reprenait son souffle en déversant ses idées dans l’eau salée. Il était parti. Ce matin. Son amour était parti. Elle voulait pleurer mais elle était tellement habituée à rire, tout le temps et pour rien que son corps ne devait pas être fait pour les effusions lacrymales. Il existait en effet deux sortes de personnes en ce bas monde : ceux qui faisaient les pitres et ceux qui riaient devant les petits numéros des pitres en question. Elle faisait partie de la deuxième catégorie. Il faut dire que les compliments qu'elle recevait sur sa dentition parfaite la confortait dans son choix . Mais aujourd'hui, bien qu'elle n'arrivait pas à éclater en sanglot, elle ne pouvait pas rire non plus parce que l'homme qu'elle aimait était parti. Ce matin. Et la seule chose qui tournait en boucle dans sa tête était des bribes d'une vieille chanson : "La vie ne vaut d'être vécue sans amour..."
Elle fixait la mer, triste comme elle ne l'avait jamais été auparavant, et ne pouvait pas pleurer. Elle esquissa un sourire, mais celui-ci ressemblait plutôt à un rictus maladroit. Finalement, elle qui avait eu la prétention de se croire différente de toutes les autres, elle était aussi fleur bleue que ces adolescentes niaises qui croyaient au prince charmant, rêvaient d'un beau mariage et se retrouvaient désabusées en surprenant l'élu de leur cœur dans les bras de leur meilleure amie. Elle avait toujours fait la fière, la femme libre et indépendante. "L'amour, je n'en ai pas besoin, il ne m'est pas nécessaire, c'est juste quelque chose qui rend la vie moins fade et puis ça fait passer le temps."
Foutaises.
A ce moment précis, elle avait envie de mourir. Ce serait facile. L'image de Virginia Woolf se remplissant les poches de cailloux et s'enfonçant dans une rivière lui revint à l'esprit. Elle pourrait mourir maintenant si elle le voulait. Elle se retourna. La nuit tombait, il n'y avait plus personne sur la plage. Elle pourrait disparaître ici et mettre ainsi un terme à cette souffrance.
Elle sourit à nouveau. Elle se trouvait pathétique de vouloir mourir pour un sombre abruti qui l'avait laissé en plan. elle voulait mourir ! Elle qui, il n'y avait pas si longtemps, se moquait de ces gourdes qui pleuraient leur amour perdu comme des veuves siciliennes au lieu de se reprendre en main. Elle qui consolait ses amies en les gratifiant d'un : "allons bon ! Tu t'es faite larguée, tu as l'impression que la Terre a cessé de tourner, mais tout le monde passe par là ! Tu en aimeras d'autres, et ainsi va la vie !"
Ironie du sort. Cela l'avait toujours fasciné, le fait que la plupart des gens soient de très bon conseil et analysent parfaitement la vie de leurs proches, mais agissent de façon totalement irrationnelle lorsqu'il s'agit de leur propre existence. Cette pensée la revigora. Elle avait la tête pleine de rêves et pas encore vingt ans !
Il était donc hors de question qu'elle mette fin à ses jours ! Voilà, ça y est, elle en était sûre maintenant : elle allait vivre et faire chavirer d'autres cœurs… cette fois-ci, elle rit, discrètement, mais avec conviction. Elle ramassa des galets aplatis et les fit ricocher sur la mer, sa confidente. Puis elle s'en alla, en laissant ses idées morbides se noyer dans l'onde calme et noire.

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La mer avalait ces pensées pour les emmener loin, au gré des courants et peut-être les laisser s'échouer sur une plage des antipodes… La jeune fille ne voulait pas mourir finalement. Pourtant elle aurait pu l'accueillir. La faire flotter comme Ophélia, l'héroïne maudite. Son beau visage aurait été éclairé par les étoiles, ses cheveux auraient ondulé dans l'eau, pour toujours. Ça aurait été sublime.
Mais il en sera tout autrement, la vie ne se laissera pas faire. Déjà, la jeune fille a repris des couleurs, elle fait des ricochets comme pour narguer l'étendue ondoyante :"désolée ma vieille, mais ce n'est pas ce soir que tu m'auras, mais ne sois pas fâchée, hein"
Et elle s'en va en souriant. Elle reviendra peut-être un jour. La mer est patiente.

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La nuit venait, mais il continuait à observer la jeune fille qui, elle, observait la mer. On aurait dit deux bonnes copines en train de s'échanger des secrets inavouables.
Il avait vu la jeune fille quitter sa posture d'octogénaire fatiguée et se redresser fièrement. Tout d'un coup, ses épaules s'étaient mises à trembler, comme si elle pleurait. Il avait pensé pendant une seconde à traverser la plage pour aller la consoler, puis il s'était ravisé en réalisant que la fille ne sanglotait pas…Elle riait !
Etrange… Décidément, elle avait quelque chose de très intrigant. Mais il devait avoir le double de son âge, et il avait soudain l'impression d'être comme tous ces vieux pervers qui arpentent les plages. Alors il se leva sans faire le moindre bruit, laissant son ombre se perdre dans le sable et la jeune fille seule avec la mer.

13 mai 2009

La faute

Il écrivait souvent . Il y avait des mots qu'il aimait utiliser et qu'il avait toujours du mal à orthographier ou à conjuguer. " audacieu" faisait parti de ses malheureux favoris.
"audacieux", il l'écrivait systématiquement sans le x final. Comme pour couper tout lien que ce mot pourrait avoir avec le ciel.

Audacieux : "Qui a de l'audace, de la hardiesse ou de l'insolence."

Audacieu, c'était différent. De la hardiesse, certes, mais en moins glorieux. Pas de postérité. Pas de firmament où briller, mais un besoin désespéré, presque maladif de reconnaissance. Audacieu, c'était un peu de courage, mais surtout beaucoup de prétention, et très peu de talent.

Sans le x, tout devenait bancal. Il manquait quelque chose, un rempart peut être, pour empêcher le flot de voyelles de dégouliner, de s'échapper hors du texte.

Il écrivait souvent, et il faisait toujours cette faute. Elle avait quelque chose de touchant, elle était plus que le révélateur d'une légère dyslexie. C'était sa signature, son imperfection exhibée sans honte, presque revendiquée.

2 mai 2009

Des cercles concentriques me saisissent au ventre
Quelque chose d'élastique me ramène au centre
Le recul que l'on prend ne sert jamais qu'à se donner plus d'élan
Pour courir et se jeter dans le vide effrayant
Où tout meurt puis recommence

19 mars 2009

the boho dance

C'est comme regarder un ciel étoilé. Se sentir totalement impuissante, presque effrayée que les choses prennent cette tournure. Se noyer dans d'illusoires métaphores. Chercher ses mots, sans tenter d' éclaircir ce qui flotte dans cet amas complètement indéterminé, car j'aurai pensé tout et son contraire dans cette étrange affaire.


Et ces larmes qui viennent, comme une marée intérieure monte, serre, submerge, inonde ce qu'il reste de terre… Elles me prouvent qu'il y a des choses en lesquelles il faut croire.


Même s'il s'agit du même motif répété inlassablement,il y a toujours cette étoile au dessus du ciel.Ce n'est pas la plus brillante, mais lorsque je lève la tête, sa lumière ne m'éblouit pas, elle me rassure.


14 février 2009

Il s'éclipse puis revient
Le magicien sème les ellipses
Transforme en musique
Et sans baguette magique
Les rêves

Mais...

Il vient parfois dans mon sommeil
Me rappeler qu'on ne peut être heureux, seul
Et le goût amer qu'il me reste au réveil
A la saveur du réel
Les planches de la barque se courbent
De ne pouvoir atteindre le bord
Pourtant on voit au loin le rivage, ce fourbe !
Et déjà les lumières nous arrivent du port

C'est le leurre des mots qui nous fait croire
Que la terre est là ; comptons juste les heures
Mais ces ombres qui dansent dans le noir
Ne sont que le fait d'esprits frappeurs

1 février 2009

Une étrange mélancolie venue signer
La fin de tout et le début de rien
Sans rime et sans mesure


Une chimère faite de bric et de broc
Qu'on rafistole comme on peut
Sans rime et sans mesure


Parce qu'on ne peut pas empêcher la Terre de tourner
L'ironie de ce destin moqueur me fera toujours sourire
Sans rime et sans mesure


Pardonnez mon verbiage
Mon envie de démesure
C'est l'ennui des dimanches qui exhale
Les mêmes odeurs



Découvrez Tori Amos!

24 janvier 2009

Combien de fois ai-je entendu
Des violons et des saccades
Des chants et des rires en cascade ?


Les passants, sur la grande place
Et leurs visages me font face
Leurs ombres burinées s'interrogent


Elles s'arrêtent, me fixent, me jaugent
Alors qu'insouciante, je dévale les pentes
Je cours sous ce soleil au zénith, et les plantes de mes pieds brûlés m'arriment à la Terre
Je ne peux pas voler,
sous le soleil


Je ne sais que courir,
Arpenter les montées, les descentes
Et tournoyer, bien accrochée à ma terre




18 janvier 2009

le sens de la mesure

Le juste milieu
Les excès des limites
Les chemins sinueux
Et les lignes délimitent


Ce qu'il faut faire
Le nécessaire
Pour que les os et la chair
Qui nous portent sans répit
Supportent aussi le poids
Des joies, des peines : de la vie.

9 janvier 2009

Deux petites filles sur le sable
Que le ciel gratifie
d'un sourire affable


Deux petites filles traversent la ville
Elles courent, elles courent !
Pieds nus sur le goudron
Sans savoir où aller, sans suivre aucun fil
Elles courent, elles courent
On dirait qu'elles tournent en rond


Elles sourient pourtant à ce ciel moqueur
Pas de revanche ni de rancœur :
c'est la pluie d'été
Et la liberté !

3 janvier 2009

la pluie d'été

On avait presque cessé d'espérer. Le ciel nous narguait en retenant toute cette eau, s'alourdissant comme le ventre d'une mère se tend au fil de ces longs mois d'attente. Parfois, quelques gouttes s'échappaient , premiers mots timidement balbutiés, et annonciateurs des torrents à venir.
L'air n'en pouvait plus de contenir ce que la terre asséchée lui réclamait depuis toujours .
Les enfants couraient dans les rues en soulevant des nuages de poussière, puis s'arrêtaient, à bout de souffle, levaient leurs têtes dubitatives vers l'étendue désespérément bleue , tandis que les petites vieilles allaient de leurs commentaires : "Il fait bien trop chaud, elle ne devrait plus tarder maintenant…"
Mais les jours défilaient et rien ne se passait.
On avait presque cesser d'espérer.


Enfin, elle tomba. Pour nous prouver une fois encore que c'est lorsque l'on n'y croit plus que les choses arrivent.
C'était la pluie d'été, salutaire et bienfaitrice. La terre reprenait des forces en se gorgeant de cette eau salvatrice. Et moi je jubilais.

28 décembre 2008

High and dry



Tous les chemins, et même les labyrinthes me ramènent à cette obsession dont il y aurait tant à dire. Une contradiction douce mais tenace où se perdent les heures. Et je souris, comme toujours, perplexe devant ce paradoxe où rouge et noir se mêlent, pour finalement se confondre, se perdre dans des considérations romanesques qui m'apaisent et m'épuisent.

Tout autour semble me questionner, mettre en doute mes chances de réussir. Mais je m'accommode de ces morsures et autres arabesques cinglantes.



C'est là, à l'intérieur, partout. Un accroc reprisé avec patience, et cousu du fil blanc de l'illusion. Celle qui, lorsqu'elle eut fini de me blesser, me sauva.

"C'est de la mauvaise volonté, du masochisme !" ,diront certains, ceux-là même qui me prêchaient la bonne parole. S'ils savaient que je me réjouis plus que je ne m'attriste ! Car je n'ai qu'une unique chose à espérer. Mais un mot de plus, et cela s'évanouira, je le sais. Alors je continue à sourire ...




23 décembre 2008

Les Sphinges sans secret

Dans les rues bruyantes et les chemins de traverse, dans les gares bondées et les impasses lugubres : elles laissent partout des énigmes que personne ne résoudra jamais. Les passants ignorent leur nom, mais qu'importe, elles sont ce que nous sommes tous : des masques sans visages, des visages sans pores . Ombres sans autre contenu que les bribes qu'elles sèment parmi la foule quand d'autres attendent patiemment la mort. Elles se cachent pour exister, jettent des regards furtifs lorsqu'elles sortent. Quelqu'un pourrait les voir, ou pire encore : deviner leur secret.
Mais il ne faut pas. NON ! Personne ne doit savoir que le poids formidable qu'elles portent sur leur frêle carcasse n'est qu'un leurre dérisoire. Du vide, comparable à ce que deviendrait leur existence si elles cessaient de se prendre au jeu.

30 novembre 2008

Le magicien

C'est un passeur,
celui qui connait le chemin du sensible et les secrets du monde intelligible
Rêveur des jours de pluie et des nuits sans lune

Il pourrait changer le monde
Et le chaos en silence

C'est un danseur,
Celui qui exécute les rituels, et trace des pentacles
Dans une transe furieuse
Une joyeuse débâcle
Vers des rêves de hauteurs

Il pourrait changer le monde
Le faire tourner dans l'autre sens

Dans la moiteur du soir
Sa fragile beauté m'a sauté au visage
Doux murmure porté du rivage
d'une muse qui s'ignore
d'un satyre aux charmantes grimaces
Surgi d'un songe
Elle s'en est allée avec le soleil
L'éternité qui se suffit à elle-même
La nostalgie qui s'émerveille
Se satisfait des souvenirs,
ces mirages que le temps crée parfois à nos dépends.

Pourtant, ces amis partis conquérir le monde
Sont toujours là :
ce sont la mer et le ciel
La pluie d'été et le rouge qui flamboie dans la chaleur de décembre.
Ils reviendront peut-être, plus forts encore.
Plus grands, mais presque inchangés.

Et tout ira bien, malgré les ombres
(Rehaussent-elles les couleurs ?)
Points noirs sur le visage adolescent de la vie
Du temps qui passe
Nous rappelle sans cesse aux exigences
De bonheur

Et peut-être qu'un jour nous remonterons ensemble le cours de l'eau, vers la lumière

15 novembre 2008

Insaisissables !

Il y a des choses comme ça, qui peuvent être douloureuses, auxquelles on n'a pas une seconde à consacrer, mais qu'on s'entête à faire. Aimer, rêver, lire… Ecrire.
Que d'efforts pour arriver à extirper quelques lignes de l'imbroglio qui me sert de cerveau, démêler les nœuds, donner un sens aux vides et aux pleins.
Si seulement je pouvais les maîtriser, ces mots. S'ils pouvaient m'obéir, en dociles brochettes de syllabes qu'ils sont !
L'écriture est-elle un combat ? Ai-je une chance d'en sortir vainqueur ? Chaque rime, chaque phrase juste est une manche gagnée. Une revanche prise sur toutes ces fois où je tâtonne, griffonne, trépigne, ausculte la moindre parcelle de mélancolie, tape des pieds comme une enfant dans l'espoir que les mots sortiront de terre ou bien tomberont du ciel. Qu'ils soient étoile ou herbe folle, peu importe, pourvu qu'ils viennent, qu'ils soient là, précieux, discrets, éclatants !

8 novembre 2008

Des mots toujours, pour décrire le flou. La lumière diffuse qui entoure chaque atome. La réalité d'un sourire, l'inconsistance d'un monde noyé sous les regards vides de ceux qui ne rêvent plus. Parce que rien n'existe d'autre que ce langage qui nous enferme parfois, nous libère bien plus souvent.

Se saisir des mots, de ce petit bout d'étoffe qui dépasse quelques fois, imperceptiblement. L'attraper, et tirer, oui, tirer de toute ses forces sur le fil de la vie! Narguer les Parques, vieilles encroûtées, et leur montrer que ce fil qu'elles semblent garder jalousement, tout le monde peut s'y accrocher.
S'approprier les mots ou la vie, quelle différence, au fond ?

1 novembre 2008

Sans artifice et puis c'est tout

A quoi bon essayer de sauver ce qui peut l'être
Rage et impuissance se mélangent
Tout doucement dans ce désordre bancal
Il y a des mots qu'il faudrait connaître
Faire face au désarroi étrange
Il y a des choix à faire pour tenter d'éradiquer
Ce qui nous guette, ce qui fait mal
Il n'y a que le phénix qui peut renaître
Et ceux qui ressemblent aux anges
Les autres meurent d'une innocence létale.

Alors, il ne reste plus qu'à fermer les yeux, et prendre son élan. Car c'est peut-être une nouvelle ère, ou peut-être pas. Mais ce ne sera pas faute d'avoir essayé.

19 octobre 2008

Bonheur et promontoire




Y a-t-il un endroit

Où je peux oublier ?

Une minute


Pour me rappeler

Une seconde

Tu disparais


A chaque fois


Hier encore je souriais

Attendant, quoi ?

Peut-être un signe

Peut-être un mot jeté sur l'ombre de mes mains,

Yeux et tout le reste


Il n'y a pas d'endroit,

Non !


Mais l'eau qui coule

Y en aura-t-il assez ?


Ne me regarde pas comme ça !

Et continue d'avancer, de rire

Sans raison

Sans personne.






17 octobre 2008

Le banc du jardin botanique



Il y a dans un jardin anglais un banc

Sans âge, ni couleur, presque insignifiant

Perdu dans un coin de verdure, abandonné.


Mais une fois dans l'année, pour le solstice d'été

Deux âmes, (on dirait des anges), s'y assoient,

Juste une heure pour entendre les voix

Venues d'ailleurs.

Elles se souviennent des autres mondes

Du goût de cet étrange fruit rouge, du bruit de l'onde

Qui traversait la plaine


Un jour, les deux enfants mourront, et seront délivrées

Plus de pèlerinage, juste l'immensité

De la Poussière et du vide silencieux

Mais qu'importe, ils auront bâti la République des Cieux.